
Tous les deux ans, le ministère de la Santé procède à une baisse des prix des médicaments pour contrôler leur part dans les dépenses de santé. En avril 2010, les autorités ont annoncé la mise en place d’un nouveau système d’encadrement des prix. En quoi consiste-t-il ?
Il s’agit d’une expérimentation pour les deux années à venir. Le ministère s’engage à ne pas baisser les prix sur les produits récents (moins de 15 ans), qui n’ont pas d’équivalent générique et dont la différence entre le prix transactionnel* et le tarif de remboursement par la sécurité sociale est inférieure à la moyenne du marché. Sans cette nouvelle disposition, les prix auraient été réduits comme par le passé. Cette aubaine a pris le nom de « prime pour [aider au] développement de nouveaux médicaments ». Les laboratoires qui en bénéficient pourront utiliser cette prime comme bon leur semblera, mais les autorités feront un point dans deux ans.
Quelles seront les contreparties ?
Les prix des médicaments plus anciens ont été réduits de 2.2% supplémentaires, après la réduction « habituelle ». Après quinze ans ou lorsqu’un produit ne répondra plus aux conditions de prime, son prix chutera brutalement puisqu’il encaissera en une seule fois toutes les baisses dont il aura été épargné. Ce mécanisme favorise les laboratoires innovants. Dans le même esprit, le ministère a publié une liste de 88 produits disponibles à l’étranger que les laboratoires sont invités à mettre sur le marché. Souvent, ces produits n’avaient pas été introduits car la rentabilité escomptée était trop faible, mais dans des domaines comme la pédiatrie, le ministère souhaite garantir aux Japonais l’accès à un plus large choix de médicaments. Les laboratoires et les autorités sont en négociations pour la finalisation de cette liste, les procédures d’homologation et les délais d’entrée sur le marché.
Quid des génériques qui représentent une solution non négligeable pour la réduction des dépenses de santé ?
Au Japon, les tarifs des génériques sont fixés à 70% des médicaments originaux. Ce mécanisme en limite le développement. Si le ministère n’a pas amendé cette disposition, profitable pour les génériques, il multiplie les incitations pour que les hôpitaux et les pharmaciens optent plus facilement pour l’option générique. Les autorités souhaitent porter la part de médicaments génériques à 30% en volume en 2013.
Les règles de remboursements évoluent. Est-ce que les laboratoires étrangers y gagnent ?
Parmi les dix premiers laboratoires à bénéficier de cette nouvelle prime à l’innovation, neuf sont étrangers. L’industrie pharmaceutique est très morcelée et cette mesure pourrait porter à conséquence. Mais le gouvernement sait que c’est le prix à payer pour améliorer l’offre générale de médicaments dans le pays tout en maîtrisant les dépenses.
Qu’en est-il de l’internationalisation des laboratoires pharmaceutiques japonais ?
Les laboratoires étrangers gagnent du terrain sur le marché japonais dont la croissance incompressible en volume est muselee par les baisses de prix repetees.. Les acteurs japonais du secteur ont donc dû réagir, ou s’apprêtent à le faire. Par exemple, Takeda, Astellas, Eisai, Daiichi Sankyo et Otsuka sont déjà très internationalisés. Ce sont d’ailleurs les plus importants laboratoires du pays. Eisai a annoncé en 2009 avoir réalisé pres de 60% de ses ventes à l’étranger. Toutefois, cette internationalisation a des revers. Les ventes s’effondrent en quelques semaines apres l’arrivee d’un medicament generique aux Etats-Unis. Un laboratoire Japonais a dû prendre des mesures drastiques sur le marché nord-américain suite à l’expiration des brevets de deux grands produits, et ce plan social a été applaudi par les analystes boursiers etrangers. Un deuxième peloton de laboratoires commence à réaliser des acquisitions à l’étranger : ainsi, Dainippon Sumitomo a acquis l’americain Sepracor en octobre 2009. Si les grands laboratoires japonais sont maintenant bien placés sur les marchés nord-américains et européens, ils sont en retard dans les BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine), ainsi que dans les trois autres grands marchés en croissance, à savoir la Turquie, le Mexique et la Corée du Sud.
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source : La Lettre Mensuelle, une publication de La Chambre de Commerce et d'Industrie Française du Japon (CCIFJ) -